Ulrike Bolenz

 L’artiste allemande Ulrike Bolenz, qui vit depuis longtemps en Belgique et maîtrise les trois langues nationales, illustre particulièrement bien le principe d’une exposition du féminin sous un jour favorable, sans pour autant brader le mystère de l’absolument autre. Avec des matériaux issus de l’industrie chimique, elle accommode des surfaces transparentes qui d’un point de vue spatial relèvent plutôt de la sculpture et de l’installation. Elle commence par tirer des photographies de vidéos à l’arrêt, de manière à pouvoir sélectionner l’image la plus appropriée. Elle obtient un contraste saisissant moyennant une confrontation fréquente entre l’exactitude photographique et son pôle antagonique, gribouillage hâtif. les photos sont rarement joyeuses. Le regard de l’artiste s’attache en effet le plus souvent au tiraillement qui affecte le monde, la couture irrémédiablement tragique qui apparie la belle étoffe de la vie avec son ourlet de laideur. Qui comme Icare se laisse griser par l’altitude, risque de tomber de haut. C’est au demeurant un sujet récurrent dans le travail d’Ulrike Bolenz. La fuite, la perspective d’avenir ; la chute, la mort et dans l’intervalle l’impétuosité. Mais les exemples abondent de ces légers déplacements qui font virer une chose faste en son contraire. La force, la liberté ; le pouvoir, le rapt et dans l’intervalle la pente glissante de l’abus. Au prisme de cette problématique, l’artiste mobilise des corps masculins marqués par cette duplicité, c’est-à-dire marqués par la puissance. Ses nus féminins, en revanche, tranchent par l’univocité et la tempérance. La femme transcrit sa psyché, son âme, à fleur de peau. Outre que ce monde intérieur s’expose au regard, il s’expose également – c’est du moins l’impression qu’on en retire – à la caresse. Cette intimité sans refuge est de surcroît parée des atours de la précarité. En effet, les excroissances ailées évoquent ici moins immédiatement l’aptitude à fuir qu’au contraire la vulnérabilité immédiate. Le corpus critique autours des œuvres d’Ulrike Bolenz allègue régulièrement la nullité érotique de ses nus. Bien qu’il soit délicat de borner le champ d’exercices des critiques d’art, je ne crois pas qu’il entre dans leur métier de se prononcer sur le degré érotique d’une image. Il ne convient sans doute pas énumérer ici la panoplie extraordinairement variée des voies d’accès à la jouissance sexuelle, il est néanmoins certain que de ces goûts et dégoûts-la également, il n’y a pas lieu de discuter. Il est en revanche exact que Bolenz n’instrumentalise jamais la nudité dans la perspective d’une érotisation explicite. Elle a en effet pour règle stylistique d’atteindre à une puissance d’expression maximale, tout en se gardant de verser dans l’expressionisme.

 Willem Elias

Espace Saint Germain - Galerie Pierre Kleinmann

Tél. +33 (0)6 11 61 03 63

Du mardi au samedi

de 13h30 à 19h30

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